Déviation : où en est-on ?

Avril 2026

Chantier déviation de Saint-Péray

La déviation de Saint-Péray c’est :

➢ 1,5km de route reliant Saint-Péray sud (La Maladière) à Cornas (sud – RD86) passant par la plaine,

➢ un projet pensé dans les années 1990 ; un des derniers tronçons du périphérique de Valence inscrit dans le SCoT (Schéma de Cohérence Territorial)

➢ 16 millions € de budget entre la Région AuRA, le Département de l’Ardèche et la CCRC (qui porte le projet).

➢ Une augmentation du trafic routier induite par le projet d’ici à 2040 estimée de 30 à 56 % d’augmentation au sud et au nord de Saint-Péray1

➢ 32 hectares de terres agricoles et naturelles concernées au total, avec des parcelles artificialisées au nord et au sud du projet

➢ Un enjeu de biodiversité fort : plus de 20 espèces de chauves-souris identifiées (soit 2/3 des espèces en France), un corridor écologique d’importance majeure reliant le Rhône aux coteaux, sur le tracé.

Travaux du pont rail : le pont de l’ascension 2026, une date clé

Depuis septembre 2025, les travaux ont débuté sur la partie pont-rail (passage sous la voie ferrée, au nord-Est du tracé), débutant par un diagnostic archéologique. Suite à une violente opération policière le 29 septembre, la végétation, des arbres sur cette partie du tracé ont été rasés. Lors de l’ascension (mai 2026), le pont doit être installé sous la voie-ferrée durant les quelques heures où la voie est bloquée à cette fin, de longue date. Les créneaux de voie-ferrée bloquées ont des délais de 3 à 4 années ; si ces travaux sont reportés, le coût du projet ne pourrait plus être supporté par les collectivités. Les travaux du pont-rail ont été prolongés jusque fin juillet 2026 par un nouvel arrêté préfectoral du 25 février 2026. Ces travaux sont coordonnés par SNCF Réseau, réalisé par NGE-Guintoli. L’entreprise Comte TP et d’autres sont également intervenues.

En septembre 2026, des travaux sur le reste du tracé sont prévus d’être entamés.

Un risque juridique lourd : deux jugements attendus dans les prochaines semaines ; deux autres recours en vue et une enquête ouverte au parquet 2 recours juridiques ont été déposés par les associations environnementales et sont en attente de jugement (Alterre, Frapna Drôme, Frapna Ardèche). La LPO s’est également constituée auprès du tribunal sur ces recours en soutien aux associations requérantes. Les deux recours portent sur :

✔ les espèces protégées (absence d’étude 4 saisons, absence de dérogation espèces protégées)

✔ l’autorisation de travaux sur le Pont-Rail de l’arrêté préfectoral du 15 mars 2025 (qui autorise des travaux avant-même l’obtention d’une dérogation espèces protégées).

La clôture d’instruction de ces recours est annoncée pour le 20 avril : une date d’audience pourrait être annoncée à ce moment.

Pour rappel, jusqu’ici :

• Un recours sur la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) de 2021 a été rejeté pour vice de forme (la justice ne s’est pas prononcée sur le fond) ;

• Référés suspension : le 15 novembre 2024, le tribunal a demandé a demandé à la préfecture de mettre en conformité le projet (d’exiger donc une étude 4 saisons), ce que la CCRC a réellement commencé à faire seulement après la mise en demeure par arrêté préfectoral, le 15 mars 2025 ; le 30 septembre 2025, le tribunal saisi à nouveau en urgence par les associations n’a pas suspendu les travaux, justifiant sa décision sur la réglementation administrative, sans se prononcer sur l’aspect environnemental. En effet, les habitats d’espèces protégées visé par les travaux ont été détruits la veille du verdict dans le cadre d’une opération policière inédite menée par le préfet, mettant la justice devant un état de fait.

Plaintes au pénal : des procès à venir

A ce stade, on identifie 3 objets principaux de plaintes dans le cadre de ce projet :

• l’exposition de salariés à l’amiante le 10 octobre 2024 : des bâtiments ont été détruits précipitamment sur le site du nichoir à la demande de Jacques Dubay. La présence d’amiante, y compris auprès des entreprises et agents intervenants et été niée par la CCRC, allant jusqu’à dissimuler le diagnostic amiante des bâtis. L’entreprise Comte TP a été verbalisée par l’inspection du travail.

Celle-ci a également demandé la prise en charge des salariés de la CCRC concernés, sans réponse à ce jour, à notre connaissance. Un procès est en attente d’audience suite à la plainte de salariés.

• La destruction d’habitat d’espèces protégées en octobre 2024 et en septembre 2025. Ces plaintes ont ouvert à une enquête au parquet compétent (Nîmes) qui est en cours. Ces destructions pourraient motiver une décision du tribunal administratif en faveur d’un arrêt du projet.

La destruction de vestiges archéologiques en septembre 2025. Cela a également été dénoncé par un collectif national d’archéologue lors d’une tribune dans l’Humanité.

Deux recours en vue par les associations environnementales

La CCRC doit avoir déposé, en mars 2026, une demande de dérogation espèces protégées : celle-ci doit être ensuite validée pour continuer les travaux sur le reste du tracé (envisagés en septembre 2026). Les lacunes juridiques et manquements récurrents constatés dans les études environnementales du projet par les associations les poussent aujourd’hui à envisager conjointement un recours sur cette dérogation. Un autre recours est envisagé concernant l’arrêté préfectoral de février 2026 autorisant des travaux au-delà des contraintes environnementales posées jusqu’ici.

32 hectares artificialisés ; expulsion d’une activité maraîchère et refus d’une Zone Agricole Protégée

Au nord et au sud de la déviation, des terres agricoles et naturelles sont classées en constructibles. Il est annoncé un projet de Lycées (non envisagé par la Région ou le rectorat), de gymnase, et 250 logements. Or, Saint-Péray compte aujourd’hui 250 logements vacants et des possibilités de densification urbaine qui pourraient dynamiser le centre-ville. Les constructions impliquent également l’expulsion d’une activité maraîchère. Lors du renouvellement du PLUIH, la commune a refusé le classement de la plaine en « Zone Agricole Protégée » demandée par de nombreuses personnes dans l’enquête publique, dont la Chambre d’agriculture.

6 millions d’euros pour un passage à faune ?

Le coût des travaux de la déviation n’a cessé d’augmenter ces dernières années : avec l’annonce du pont-rail, estimé à 6 millions d’euros, le projet est passé de 9 à 16 millions d’euros entre 2019 et 2022. Ce budget est l’un des plus importants en investissement de la CCRC. Avec les travaux en cours, il est fort probable qu’il soit à nouveau dépassé (destructions non budgétées identifiées, sécurisation très importante du site depuis septembre 2025). Face au risque juridique de voir le projet s’arrêter, la CCRC a justifié les travaux du pont-rail par un « passage à faune » !2

Atteintes à la démocratie ; enquête ouverte à l’IGPN pour violences policières

Alterre s’est vue refuser une place au forum des associations de la rentrée 2025. Le maire de Saint-Péray nie la pluralité d’opinion sur le sujet de la déviation3.

7 plaintes sans fondement ont été déposées par le Président de la CCRC et deux agents à l’encontre de l’élue régionale Maud Grard et son conjoint. Lors d’une audience en octobre 2026, le tribunal a abandonné les charges concernant le port de l’écharpe d’élue régionale.

En septembre 2025, les opposants au projet ont subi une répression policière sans précédent : 400 heures de garde à vue au total. Les violences policières systématiques d’un policier du commissariat de Guilherand-Granges notamment ont fait l’objet d’une ouverture d’enquête par l’IGPN (menaces de mort, propos homophobes, allusions sexuelles… de la part du policier). Voir articles de Libération, Médiapart, Street Press notamment.

De multiples collectifs et associations pour demander des alternatives à ce projet d’un autre temps

L’association Alterre, pour des alternatives au projet routier, a été créée en 2022 et regroupe des habitant.es du territoire et riverain.es du projet.

Le collectif Les Ami.es de la plaine s’est mobilisé en faveur d’action de désobéissance civile pacifiques depuis octobre 2024 sur le projet de déviation.

Autres associations et collectifs partenaires :

FRAPNA Ardèche et Drôme, LPO Drôme-Ardèche, Les Amis de la Terre Drôme, Terres de Lutte, Le Déroute des Routes, les associations et collectifs contre les échangeurs nords Drôme (Assez) et Sud Drôme (Vivre, respirer, se déplacer en Tricastin), les Ami.es de la Bourges (07), CUTPSA (collectif de défense des trains voyageurs en rive droite du Rhône), la Confédération Paysanne.

La Chambre d’agriculture de l’Ardèche a également adopté, le 26 septembre 2025, une motion demandant la préservation des terres agricoles dans la plaine de Saint-Péray.

  1. Voir : https://www.alterre-asso.org/index.php/2025/09/11/vite-des-alternatives-au-projet-de-deviation/ ↩︎
  2. https://c.ledauphine.com/transport/2025/04/02/deviation-le-pont-rail-pourra-voir-le-jour-y-compris-sans-voiture ↩︎
  3. « les Saint-Pérolais sont tous favorables au projet » Frédéric GERLAND https://c.ledauphine.com/politique/2025/09/26/deviation-de-saint-peray-le-maire-apporte-son-soutien-a-la-ccrc?login=1 ↩︎